J’ouvre les yeux sur une nuit superbe, un ciel parsemé d’étoiles lumineuses, des senteurs qui montent jusqu’à la terrasse de
ma villa et cette immense étendue noire devant laquelle les lumières de la ville de Tyr se détachent. Autrefois détesté par cette ville et finalement emprisonné, j’y suis désormais craint et
respecté, les rumeurs sur ma nature plus que ma cruauté en mer ayant porté ma réputation sur les côtes de la Méditerranée.
Agréable souvenir qui s’estompe dès que le présent me rappelle ce que je suis devenu, le même rêve chaque nuit depuis deux siècles, depuis que le Seigneur des Abysses m’a pris à son service…
Je me prénommais Darius, deux millénaires après le dernier roi, quelle ironie !
Je suis né à Shiraz en 1467, la même année que celui qui sera mon bourreau. Beaucoup de signes qui laissaient présager que rien ne me destinait à une vie tranquille. Je quitte Shiraz dans ma
douzième année, jeté hors de la ville, haï, le peuple s’effrayant de retrouver en moi l’Ahra Mainyu. Je peux difficilement leur donner tort, ignorant encore la signification de ces termes. Dans
tous les lieux que je traversais, les villages ou je séjournais, je déclenchais chaos et violence, malgré moi…
J’arrive à Tyr quelques années plus tard, connaissant enfin l’origine des termes dont je suis affublé par les peuples que je rencontre… l’Ahra Mainyu ou Ahriman, l’esprit démoniaque d’Ahura
Mazda, dieu unique d’une antique religion perse.
C’est dans ma vingtième année que je me retrouve sur ma première galère. Tyr ne m’a pas mieux accepté que les autres cités et c’est enchainé à une rame que je découvre la Méditerranée. La galère
se retrouve rapidement à feu et à sang et l’origine de la mutinerie s’efface devant la barbarie incontrôlable dont je fais preuve. Inconsciemment, j’écrase mes compères de rébellion et devient le
maître à bord de la galère. Ce que je pensais tare devient ma force et je me commence à croire à cet esprit qui me hante. J’y puise le pouvoir qui me permet de devenir un capitaine de galère
redouté à seulement 20 ans.
La suite n’est que pillage des côtes, abondance de richesses et pouvoir sur Tyr. Partout où la mer est salée et où il y a de l’argent à faire par mauvaise action, je suis craint.
Il faut que je croise la route Khayr ad-Dîn pour me rappeler que je ne suis malgré tout pas le maître en Méditerranée. De l’affrontement qui résulte de notre rencontre je sors défait et je sombre
bel et bien avec mon navire.
Il faut croire que je porte les signes de l’Ahra Mainyu sur mon visage car le Seigneur des Abysses fait immédiatement de moi un de ses lieutenants. Je me nomme désormais Capitaine Ahriman et la
confiance que le maître met en moi est immense : je suis désormais le gardien du plus puissant des artefacts : son cœur. Immortel tant que Davy Jones en décide, je continue à propager le chaos
sous son nom comme je continue à satisfaire ma soif de richesses pour mon propre compte… jusqu’à la faute… la perte de l’objet de confiance, le vol par ses maudits français. Il ne le sait pas, il
ne le saura jamais. Ma galère réarmée, renommée Spenta Mainyu comme un pied de nez à ceux qui n’ont fait que me rejeter, j’ai décidé d’anéantir la flotte qui m’a dérobé l’objet. Oubliez la colère
de Davy Jones, celle que j’ai décidé de répandre en Méditerranée n’aura pas d’égale…